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Studios et photographes

Studios et photographes français


Ils ne sont pas très nombreux : quelques studios de province, quasi inconnus aujourd"hui mais dont on peut trouver des clichés touchants, et d'autres, dont la notoriété est réelle, bien que modeste, et tient au fait que leur travail a été publié. En voici la liste, à compléter avec votre aide :
 
Studio Arax
Lucien Demeillès
Jean Ferrero
Luc Geslin
Bob Harvest


Studio Arax
 
 

Né en Arménie, Gregor Arax (son nom complet est Djololian-Arax) s’installe en France en 1922, après avoir habité à Constantinople, où il dirige, après la première guerre mondiale, comme chef scout, le plus important groupe des boys-scouts de Constantinople. Adepte très jeune de la culture physique, il se verra attribuer « le poste important de professeur de culture physique et de chef scout dans le plus grand centre d’orphelins à Constantinople où il enseignait la gymnastique corporelle et les vertus morales à 1 000 élèves » (in Le Palmarès de la culture physique française, 1939).

 

 

D'abord journaliste, collaborant à de nombreux journaux arméniens de Paris et à l’étranger, Arax est naturalisé français avant-guerre. L'activité du Studio Arax démarre, je pense, dans les années 30. Gregor Arax installe son studio boulevard Raspail, à Paris (cf annonces ci-dessous), qui devient la Mecque des culturistes du monde entier. Photographe de studio (où l’on vient « se faire fixer sur la plaque sensible en tenue d’Adam » ibid), Arax parcourt également les routes pour assister aux concours dont il photographie les vainqueurs.

 

Grande figure de la scène du culturisme, Arax en est devenu quasiment le photographe officiel, célébré comme tel par le milieu, et dont les clichés ont été publiés dans l'ensemble des revues de culture physique. Ainsi, par exemple, sa collaboration avec le magazine britannique Health and Strength  s'étendit sur plus de quarante ans, de 1934 à 1975, avec une interruption due à la guerre. En 1973, il fut honoré pour ses vingt-cinq années au service du concours Mr Universe (fondé par Health and Strength en 1948).

 
Gregor Arax est décédé le 27 juin 1975.





Où l'on voit qu'Arax était connu dans le monde entier ; ici, une publicité parue dans Strength and Health de Septembre 1952.


 





Jean Ferrero
 
 
Photographe aux talents multiples, Jean Ferreo a vécu et travaillé à Nice (France). Il nous a offert de très nombreuses images en noir et blanc de culturistes - français ou étrangers - photographiés dans le plus simple appareil au milieu des pins, dans l'arrière-pays niçois. A ma connaissance, sa période de production la plus intense se situe dans la décennie 60.
 
Disposant d'un studio à son domicile, boulevard Ste Agathe, quartier de Riquier, Ferrero travaillait pour un journal communiste, Le Patriote. Ses activités le conduisent à rencontrer des artistes et à s'intéresser à ceux - Arman, Ben, César, Sosno, Viallat - qui formèrent ce que l'on appelle L'Ecole de Nice. Ferrero devient galeriste  et ouvre en 1970 son Studio Ferrero, spécialisé en art contemporain.
 
Ceux que cela intéresse pourront utilement lire Le Roman de l'Ecole de Nice, d'Edouard Valdman, paru aux éditions La Différence en 1991. Valdman y donne la parole à Ferrero, qui ne souffle mot de ses activités de photographe de nus masculins...
 
Considéré comme le Bob Mizer français, Ferrero figurait souvent dans les magazines étrangers,  comme ici dans Body Beautiful de Juillet 1961, une revue britannique.


Ci-dessous, une double page dans une revue américaine, Manual (Septembre 1963). Regardez bien la photo de gauche : le modèle - Jean Daniel -  a été photographié nu puis, au tirage, "habillé" d'un petit string noir, peint à l'encre.


Tirés de Tomorrow's Man de Novembre et de Septembre1964, ce portfolio et cette photo de groupe, dans le port de Nice je pense. Vous noterez la présence de l'adorable Bud Lanter en maillot noir en haut et blanc en bas, modèle séduisant s'il en est, à l'air adolescent et à la frimousse tellement américaine (spécialement pour mon ami JC).



Je reproduis ci-dessous un portfolio de Ferrero, paru dans le n°33 de Body Beautiful, revue britannique (qui estropie le prénom du photographe).







Luc Geslin
 
Je ne sais rien de ce photographe, dont on trouve quelques rares photos dans la presse spécialisée vintage.
 
Il a photographié notamment Bernard Naceri (voir dans la rubrique Modèles).
 
Si vous pouvez m'aider....


Studios et photographes européens


Des studios physique, on en rencontre de nombreux en Grande-Bretagne, quelques uns dans les pays scandinaves et de rares en Allemagne ou en Italie. En voici une sélection, à compléter au fil des recherches :

 

Peter Dobing (Darlington)

Jan Eyck (Münich)

Foto Grafo (Sundbyberg)

John Graham (Londres)

Frank Hollfelder (Münich) - également modèle

Hoffman (Edimbourg)

Dennis Kellett (Morecambe)

Len (Gothenburg)

Lon of London (Londres)

Peppino (Turin)

Royale Photography (Londres)

Scott Studio (Londres)

Stan (Gothenburg)

Swede (Stockholm)

 



Jan Eyck
 
Photographe de Münich dont je sais peu de choses. Un numéro de The Continentals lui est consacré (voir photo).
 
Il a portraituré notamment ses compatriotes Helmut Riedmeier et Frank Hollfelder.


Les observateurs attentifs de la couverture deThe Continental remarqueront que le slip que porte Dieter n'est en réalité qu'une retouche...


Studios et photographes américains


Bob Mizer


Bob Mizer et l'Athletic Model Guild
 
L’Athletic Model Guild (AMG) a été fondé à Los Angeles par Bob Mizer, d'où son surnom de Metro Goldwin Mizer. C’est l’un sinon le plus fameux studio « physique » et Mizer est le plus connu des pionniers américains de la physique culture. Comme tout finit par un film à Hollywood, son histoire a été portée à l’écran (voir la critique de Beefcake dans la rubrique « Livres etc. »). Fondateur de Physique Pictorial (voir, dans la même rubrique, la présentation de l’édition par Taschen de la collection entière de cette revue culte), magazine qui constituait un débouché alternatif à la vente de photos et qui connut un succès immédiat, Bob Mizer a marqué l’histoire de la communauté gay.
 

C’est en effet à Bob Mizer que l’on doit les photographies de modèles athlétiques les plus connues ; sous couvert d’offrir à Hollywood un moyen pratique de trouver des modèles pour sa production cinématographique, Bob Mizer a créé dans les années 1940, après avoir semble-t’il travaillé pour le photographe Fred Kovert, son agence de mannequins-acteurs (masculins, vous l’aurez compris), qui servit à la marge de club de rencontres, en fait la première société américaine d’édition de photographies homo-érotiques.

 

Célibataire, né en 1922 quelques semaines après la mort de son père, Mizer vécut avec sa mère qui quitta l’Idaho en 1924 et s’établit à Los Angeles, au 1834 West 11th Street. Nombreux furent les jeunes gars désargentés venus chercher fortune à LA que Mizer cueillait à leur arrivée en ville à la gare routière ; d’autres furent croisés sur la plage célèbre de Muscle Beach (voir article sur cet endroit, toujours dans la rubrique « Livres etc. ») ou dans des clubs sportifs.

 

La plupart fut photographiée dans le garage de la maison familiale, en tenues plus ou moins habillées, plus ou moins déshabillées… par un Mizer n’hésitant pas à emprunter la vaisselle en cristal taillé de sa mère pour des effets de lumière des plus kitsch. AMG peinait à trouver des engagements au cinéma pour ses modèles mais les photos de ses derniers plaisaient beaucoup et on se mit à les commander pour elles-mêmes, donnant ainsi naissance à un commerce par correspondance très actif.

 

L'US Post Office, la Poste américaine, fut à la fois un adversaire redoutable des photographes physiques (faisant la chasse à partir de 1948 aux magazines publiant des petites annonces pour les photos de jeunes hommes de court vêtus ou interdisant le transport par ses soins de photos de modèles montrant leur sexe) et un puissant facteur d’invention : pour contourner l’interdiction d’envoyer des photos de nus par la poste, Bob Mizer, comme ses collègues photographes, usait d’une ruse en recouvrant de peinture à l’eau le sexe du modèle sur la photo et, en un coup d’ongle, le destinataire retrouvait l’original nu ! 

 

Mais c’est aussi pour échapper à la censure postale que Mizer créa sa revue à la fin de 1950, distribué d’abord dans un kiosque de Cahuenga Boulevard, puis dans de nombreux autres peu de temps après (et également en Europe, jusqu’à Paris !) : Physique Pictorial, le premier magazine physique, était né. Seize pages de18,5 cm sur 13,3 cm, faites à la main et vendues quinze cents (c'est-à-dire très cher pour l'époque), à parution trimestrielle. Madame Mizer mère monta en parallèle sa petite affaire de sous-vêtements pour athlètes, vendus par annonces dans la revue du fiston, qui enrôla également son frère. Mêlant photos de Mizer (et d’autres) et dessins (de Quaintance notamment, Tom of Finland ou Etienne), Physique Pictorial fut bientôt copié (on vit fleurir en 1952 Tomorrow’s Man, qui prit la tête des ventes, Body Beautiful et Adonis de Joe Wieder). Avec le temps, apparurent des petits films, qui montrent autant de petites saynètes touchantes.

 

Ce qui ne fut pas copié, en revanche, c’est le système de « notation » inventé par Mizer pour coter chacun de ses modèles selon un système codé, mêlant mensurations physiques et indications sur le comportement, sexuel en particulier. La censure y vit malice prostitutive et la police réussit à faire emprisonner, quelques jours dit-on, Mizer. D’autres sources font remonter à 1947 l’emprisonnement de Mizer. Toujours est-il qu’il fut, comme tant d’autres des pionniers de la culture gay, poursuivi par l’appareil répressif américain.

Emporté par la vague du porno cru, AMG a périclité et le fonds du studio a été racheté en février 2004. Bob Mizer est quant à lui mort en 1992 ; l’autorisation de la nudité frontale a tué tous les magazines « physiques », Physique Pictorial étant le dernier à avoir cessé de paraître, le 31 décembre 1993.

 

Le legs de Mizer est immense et paradoxal pour un artiste somme toute moyennement inspiré. Mais il fit oeuvre de pionnier, courageusement, montrant le corps de l’homme pour le simple plaisir de sa contemplation. Et permit ainsi à des garçons du monde entier de se rincer l’oeil, certes, mais aussi de comprendre qu’ils n’étaient pas les seuls...